
Alors que le groupe rebelle M23 n’a pas encore pénétré Uvira, cette ville de l’Est de la RDC est minée par des éléments incontrôlés des FARDC, dont les exactions contre les civils et les pillages systématiques exacerbent une crise humanitaire et morale.
Uvira, RDC – Dans l’Est congolais en proie à la guerre, Uvira tient encore debout. Mais son calvaire ne vient pas seulement de la menace du M23, absent de la ville pour l’instant. Il émane des rangs mêmes de l’armée régulière, les FARDC, où des soldats débandés sèment terreur et désespoir parmi les habitants.
Une résistance populaire face au vide sécuritaire
Uvira, décrite comme un « fief de la résistance », doit sa résilience aux Wazalendo (« patriotes » en swahili), des miliciens locaux sous-équipés et non payés. Ces groupes ont pris le relais d’une armée en déroute, désarmant des soldats des FARDC en fuite. « On leur ordonne de retourner au front ou de déposer leurs armes avant de fuir vers Kalemie », explique un habitant sous couvert d’anonymat.
Mais leur courage ne suffit pas à endiguer l’anarchie.
Les FARDC, premier ennemi des civils ?
Le véritable fléau d’Uvira, selon ses habitants, est l’action de certains éléments des FARDC. « Ils pillent, tuent, et s’entretuent pour du butin », dénonce un résident, évoquant des scènes « indescriptibles ». Des proches ont été dépouillés, des religieux ciblés : l’évêque Sébastien Muyengo a été séquestré dans son évêché, le pasteur Steven Alembe (Église Elshaddai) et d’autres responsables religieux ont été cambriolés en plein jour.
« La nuit tout comme le jour, ils extorquent nos téléphones et nos biens. Le matin, on retrouve leurs corps après des règlements de comptes », témoigne un habitant, épuisé. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), présent sur place, reste évasif sur le bilan. Interrogé, un responsable confie : « Si je vous disais les chiffres, vous seriez inquiet ».
Un pouvoir local impuissant
Face à cette déliquescence, le maire adjoint d’Uvira a appelé à « tenir bon » lors d’un meeting public. Mais les discours peinent à masquer l’absence de commandement militaire fiable. « Il faut un général ou un colonel pour reprendre en main ces soldats », insiste un habitant. Pendant ce temps, les Wazalendo, ironie du sort, méprisent ouvertement les FARDC, jugés « lâches ».
Une crise éthique et humanitaire
Au-delà des balles, c’est l’effondrement des valeurs qui frappe. « Comment expliquer ce désordre sans évoquer un déficit moral ? », s’interroge un observateur local. Les pillages répétés, y compris dans des lieux de culte, violent les principes les plus élémentaires du droit international humanitaire, notamment l’Article 17 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (« Nul ne sera arbitrairement privé de sa propriété »).
Qui est l’ennemi ?
Pour les Uvirois, la question est désormais existentielle. Entre le M23 aux portes de la ville et les FARDC en roue libre, la population, prise en étau, documente chaque abus. « Nous cherchons juste à comprendre qui nous détruit », résume un citoyen interrogée dont la maison a été saccagée.
Alors qu’Uvira retient son souffle, la communauté internationale reste silencieuse. Et la ville, symbole de résistance, pourrait bien devenir celui d’un État fantôme.
Par Sh. Landry Davids
Responsable des productions SYMUF




